Londres, décembre 1689, à la Boarding School for Girls de Chelsea, Didon et Énée reprennent vie sous les plumes de Nahum Tate et Henry Purcell. Josias Priest y dirige les jeunes filles du pensionnat et le compositeur est au clavecin. Le niveau des élèves est prodigieux, le succès est au rendez-vous. En termes de qualités musicales on peut faire le parallèle avec la Maison Royale de Saint-Louis, fondée par Louis XIV, où les «Demoiselles de Saint-Cyr » ont créé de nombreuses œuvres dont Grand Dieu Sauve le Roi de Jean-Baptiste Lully… qui traversera la Manche pour devenir l’hymne britannique God Save the King / Queen.

En mettant en lumière de jeunes artistes lyriques talentueux, Ouverture-Opéra est proche des vocalités ayant suscité cette œuvre. Nous avons voulu aller historiquement plus loin que ce parallèle vocal et nous avons choisi d’utiliser l’édition critique que le Prof. Bruce Wood, Président de la Purcell Society, a réalisé en 2021. Nous avons aussi fait le choix de copies d’instruments historiques avec le Collectif baroque 7 Sed Unum. Afin de restituer la qualité poétique du texte, notamment la finesse de sa versification, nous chanterons avec la prononciation anglaise restituée par la Prof. Florence Bourgne, de l’Université Paris-Sorbonne, ce qui permet notamment de retrouver toutes les rimes, dont certaines s’étaient perdues par l’évolution de la prononciation anglaise. Mais attention, l’exigence de ce travail sur les sources, y compris sur les traités de l’époque, n’a pas vocation à mettre l’œuvre sous une cloche de verre. L’opéra est un genre vivant, une symbiose des arts, la représentation face au public y est essentielle. Ce travail historiquement informé permet d’aller à la source de l’œuvre, de comprendre par qui elle devait prendre vie et qui devait la recevoir.
A partir de toutes ces informations, il est passionnant de voir comment on peut proposer un spectacle actuel pour toucher cette contemporanéité qui est l’essence même des créations. Avec le livret qui se réapproprie l’Énéide de Virgile, on constate que la narration sort du grand récit historique pour aller explorer les individus. A travers ce que vivent et ressentent ces personnages, ce sont des questions d’amour, de choix, de pouvoir, de genres, de constructions sociétales… mais aussi de filiation qui sont abordées.
C’est une partie de ces fils que l’on tissera dès le prologue. Ainsi, en voyageant sur les mers aux côtés d’Énée, nous traversons une tempête mise en musique par Matthew Locke, le prédécesseur de Purcell comme compositeur du Roi, un ami de la famille. Son opéra, Psyché (1675) avait d’ailleurs marqué Purcell. On profitera aussi de tavernes lors d’escales portuaires. Ce sont alors les musiques traditionnelles anglaises qui nourriront nos récits, comme Greensleeves que la légende populaire attribue au roi Henri VIII en l’honneur d’Anne Boleyn… et qui chante ces mêmes thématiques.
Charles Barbier
Directeur musical
